LES LÉGENDES

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La rivière Kuuttaaq

Voici l’histoire de la rivière Kuuttaaq.

Il y a de cela très longtemps, un chasseur inuk chassait au nord d’Inukjuak. Il chassait là où coule aujourd’hui la rivière Kuuttaaq.

Alors qu’il marchait seul, il vit un géant qui marchait vers lui. L’homme était convaincu que si le géant le voyait il allait être tué. Il décida donc de faire comme s’il était mort, pétrifié de froid.

Très rapidement, le géant trouva l’homme qui prétendait être mort. Il lui sembla très étrange de trouver un homme mort, gisant dans la toundra. Le géant approcha une oreille de la bouche de l’homme afin d’écouter et de sentir s’il respirait encore. Le géant observa l’homme qui était étendu afin de voir si sa poitrine se soulevait lorsqu’il respirait. Finalement, le géant vit que le soleil était rendu beaucoup plus haut dans le ciel. Il décida donc que l’homme était mort.

Le géant ramassa l’homme qui prétendait être mort et commença à marcher en le transpor­tant avec lui vers sa maison. La maison du géant était très loin et l’homme en avait assez d’être transporté. Le géant marchait plus la­borieusement et l’homme commença à tirer sur des branches de saule afin de ralentir le géant. Cette nouvelle résistance rendait la marche du géant plus difficile et il devint très fatigué.

L’homme de son côté était las de prétendre être mort de froid, mais il fit de son mieux pour garder sa position rigide afin que le géant continue de croire qu’il était mort.

Lorsqu’ils arrivèrent à la caverne, le géant déposa l’homme près du poêle afin qu’il dégèle. Le géant avait une femme et deux enfants. Les enfants étaient très excités de la chance qui s’offrait à leur famille. Ils attendaient avec grande anticipation de manger l’homme pour leur repas. Les enfants chantèrent,

« Je veux manger ses yeux ! »
« Je veux manger le bout de ses doigts ! »

Le géant était fatigué d’avoir transporté jusqu’à la maison l’homme qui prétendait être mort. Il alla faire la sieste. Sa femme alla quérir du bois pour préparer le feu afin de préparer le repas.

L’homme se tenait raide et rigide près du poêle. Le géant faisait la sieste. Les enfants jouaient. La femme cherchait du bois. Immédiatement, les enfants s’écrièrent « Ataatak, ijingata aippanga uippuq ! » [L’homme est vivant !]


Artiste : Thomassie Echalook
Le géant répondit aussitôt, « L’homme est mort. Je l’ai observé longtemps et pendant que je le regardais le soleil est monté très haut dans le ciel. Laissez-moi tranquille. »

Tout le monde retourna vaquer à ses occupations. L’homme s’appuya sur le poêle. Le géant faisait toujours la sieste. Les enfants jouaient. La femme cherchait toujours du bois.

Lorsque l’homme ouvrit les yeux de nouveau, il aperçut une hache, la même hache qui devait servir à le couper en morceau pour le repas. L’homme s’empara de la hache et coupa la tête du géant.

À l’instant même, la grande porte de la caverne du géant commença à se fermer. Heureusement, l’homme put se glisser juste à temps dans la petite ouverture de la porte pour s’enfuir.

L’homme courut et courut jusqu’à ce qu’il aperçoive la femme du géant qui courait derrière lui. L’homme continua de courir en tenant toujours la hache à la main. La femme du géant continuait aussi à courir. Elle se rapprochait de plus en plus de l’homme.

La femme du géant avait presque rattrapé l’homme qui avait prétendu être mort gelé. L’homme décida alors de lever la hache et il la planta dans le sol en hurlant « Kuuttaalaurlit ! » [Qu’il coule ici une nouvelle rivière !]

Soudainement, l’eau commença à surgir de la terre là où la hache avait été enfoncée. Très vite il y eut une large rivière. La femme du géant se trouvait de l’autre côté de la rivière. Elle cria par-dessus le torrent du cours d’eau : « Comment as-tu traversé la rivière ? ». L’homme répondit : « J’ai bu l’eau de la rivière ».

La femme du géant commença à boire l’eau de la rivière. Elle but et but encore. Elle devenait de plus en plus grosse. Elle continua à boire jusqu’à ce qu’elle crève comme un ballon. L’eau que la femme avait bue se transforma en brume puis en brouillard.

L’homme avait réussi à se sauver. Son histoire sera racontée tant et aussi longtemps que coulera la rivière Kuuttaaq.

Extrait de l'ouvrage : Unikkaangualaurtaa (Raconte-moi une histoire)

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