« Retour à la liste des légendes

Artiste : Elisapee Inukpuk Voici l’histoire d’Atungak qui fit le tour du monde à pied avec sa femme.
Il y a de cela très longtemps vivait un homme qui se nommait Atungak. Avec sa femme, il voulut faire le tour du monde à pied.
Le couple vivait dans une tente en peaux de phoque avec leurs deux enfants, un garçon et une fille. Lorsque leur fils [irniq] fut en âge de chasser le lagopède et leur fille [panik] capable de coudre et de mener une vie autonome, les parents quittèrent leurs enfants pour faire le tour du monde à pied.
La fille ne voulait pas que ses parents partent. La mère, pour rassurer sa fille lui dit « Sapangaapinnik/ Piquttiapinnik pitaartilaarakkit ! » [Je te rapporterai de très jolies perles.]
Les parents quittèrent le village. Ils voulaient faire le tour du monde à pied en transportant leurs effets personnels sur un qamutiik [traîneau].
Ils voyagèrent dans des parties du monde où ils rencontrèrent des personnes très mesquines et très méchantes. Un jour, ils arrivèrent dans un village où vivaient uniquement des hommes qui imposaient des règles très sévères. Les deux voyageurs furent très effrayés.
Un des hommes autoritaires et mesquins s’empara de la femme d’Atungak qui fut très fâché par cet enlèvement. Atungak commença alors à chercher sa femme et finit par trouver dans quelle tente elle était gardée prisonnière. Il s’étira sur la pointe des pieds afin de jeter un coup d’oeil par l’ouverture de la tente qui porte le nom de qingaq. En regardant par cette ouverture, il vit l’homme qui lui avait volé sa femme. Il vit également sa femme en train de dépecer un phoque.
Atungak cracha en direction du phoque afin d’attirer l’attention de sa femme et pour capter son regard, mais sans succès.
Atungak commença à démolir les traîneaux des hommes autoritaires et mesquins en coupant les attaches de cuir cru [napuliutik] qui retenaient les traverses aux patins des traîneaux. Atungak détruisit tous les traîneaux des hommes méchants.

Artiste : Elisapee Inukpuk Profitant de la noirceur de la nuit, Atungak se glissa silencieusement dans la tente des ravisseurs afin de secourir sa femme. Les deux coururent aussi rapidement que possible vers le rivage. Ils coururent jusqu’à ce qu’ils trouvent un aulaniq, un morceau de glace flottant à proximité du rivage, sur lequel ils purent sauter.
Entre-temps, les hommes autoritaires et mesquins découvrirent que leurs traîneaux n’étaient plus utilisables, car les napuliutik avaient été coupés en lambeaux. Les hommes autoritaires et mesquins s’emparèrent de leurs arcs et de leurs flèches puis partirent vers le rivage où ils tirèrent en direction d’Atungak et de sa femme qui sautaient sur les glaces flottantes.
Après s’être enfuis de cet endroit si inhospitalier, le couple continua son voyage autour du monde.
Un jour, Atungak et sa femme revinrent dans leur communauté où ils retrouvèrent leur maison et leurs enfants. En arrivant à la maison, Atungak aperçut un vieil homme et une vieille femme qui tiraient un phoque sur le dessus d’une colline. Atungak et sa femme suivirent les traces de ces vieilles personnes jusqu’à ce qu’ils les rejoignent. Atungak demanda alors « qui sont vos parents ? » La veille femme répondit « nous sommes les enfants d’Atungak. »
La fille était devenue une vieille femme à la santé chancelante. Le fils et la fille avaient dormi presque tout le temps que leurs parents avaient été partis autour du monde et ils paraissaient maintenant plus vieux que leurs parents.
La mère avait promis à sa fille des perles de sa grande expédition. Elle avait tenu parole et rapportait des perles en cadeau. Lorsqu’elle les offrit à sa fille, celle-ci lui chanta :
Sapangat sujunukua sujunukua (pourquoi des perles ?)
Sapangat sujunukua sujunukua (pourquoi des perles ?)
Sapangat sujunukua sujunukua (pourquoi des perles ?)
Ningiuraaluujunga sapattusautjangittunga ! (Je suis trop vieille pour recevoir des perles !)
La fille ne pouvait même plus tenir les perles, car elle était maintenant une vieille femme. Par son chant, elle disait être trop vieille pour recevoir des perles. Elle paraissait plus vieille que sa mère et le fils paraissait plus vieux que son père.
Les deux enfants, laissés seuls si longtemps, avaient beaucoup dormi et ils étaient ainsi devenus très vieux. Les parents eux n’avaient pas beaucoup vieilli, car ils avaient marché et marché sans jamais dormir plus que ce qui était nécessaire pour rester en santé et terminer leur voyage.
Si vous dormez tout le temps, vous risquez de vieillir très vite.
Extrait de l'ouvrage : Unikkaangualaurtaa (Raconte-moi une histoire)