« Retour à la liste des légendes

Artiste : Henry Napartuk Il y a très longtemps vivait une veuve qui s’appelait Lumaaq. Elle avait un garçon et une fille ainsi qu’un chien qui s’appelait Irquaq.
Le fils de Lumaaq était aveugle et elle le négligeait en le laissant à lui-même dans un vieil igloo abandonné. Elle ne lui prodiguait pas d’amour.
Un printemps, alors que les fenêtres de l’igloo fondaient, un ours blanc affamé se présenta tout près de l’igloo du garçon aveugle. Lumaaq et sa fille avaient très peur. Lumaaq dit à son fils de prendre son arc et ses flèches et de tirer sur l’ours. Le garçon aveugle tira une flèche et tua l’ours.
Aussitôt que l’ours tomba, Lumaaq cria « Qimmituanga pitippaa. Irquaq pitippaa. » [La flèche a tué notre unique chien ! Irquaq est mort !]
Le garçon aveugle était pourtant convaincu d’avoir tué l’ours blanc. Il avait l’impression que sa mère ne disait pas la vérité. Il dit « si le chien était mort, il aurait poussé des gémissements » [maralarajalaurpuq]. Il se doutait bien que sa mère avait menti, mais il n’en était pas absolument certain.
Ce soir-là, la soeur du garçon aveugle lui apporta de la viande d’ours blanc. Elle aimait son frère. Elle lui apportait souvent de la nourriture. Elle l’aimait et prenait soin de lui.
Les huards protégeaient le garçon aveugle et sa famille. Ils avaient été témoins de tous les événements.
Tard au printemps, alors que commençait le dégel des lacs et des rivières, la soeur du garçon aveugle le prit par la main pour l’amener près d’un lac. Chemin faisant, le garçon demanda à sa soeur de marquer leur sentier en construisant des inuksuit [repère fait de roches], afin qu’il puisse retrouver son chemin.
Lorsqu’ils arrivèrent au lac, la soeur lui dit au revoir et le laissa près du rivage.

Artiste : Johnassie Mannuk Les huards attendaient le garçon près du lac. Aussitôt que la soeur fut partie, les huards expliquèrent au garçon qu’ils allaient lui tenir la tête sous l’eau. Ils lui dirent « tu dois rester bien calme sous l’eau jusqu’à ce que tu aies absolument besoin de respirer. Ce n’est qu’à ce moment que tu pourras bouger. »
Lorsqu’il fut sous l’eau, le garçon paniqua. Il n’arrivait pas à rester calme. Il voulait respirer. Il avait besoin de respirer. Il remonta vite à la surface, mais il ne put ouvrir ses yeux. Il était toujours aveugle.
À la deuxième tentative, les huards prirent soin de bien encadrer le garçon. Il garda son calme et put demeurer sous l’eau beaucoup plus longtemps. Lorsqu’il sentit le besoin de respirer, les huards l’aidèrent à sortir de l’eau et puis l’aidèrent à ouvrir les yeux très lentement. Il pouvait enfin voir. Il voyait la terre, les grosses roches, le soleil.
Il voulait voir encore plus de choses et les voir plus clairement. Pour une troisième fois, les huards aidèrent le garçon à mettre la tête sous l’eau. Il garda les yeux ouverts et resta très calme. Il pouvait voir les poissons dans l’eau.
Lorsqu’il eut besoin de respirer, il sortit la tête de l’eau. Enfin tout était clair. Il voyait les terriers des lemmings et les brins de paille.
Il marcha jusqu’au campement en suivant les inukshuit que sa soeur avait placés pour lui. Lorsqu’il arriva près de l’igloo qui était en train de fondre, il vu une peau d’ours blanc étirée entre des baguettes qui avait été mise à sécher [pauktuat].

Artiste : Elisapee Inukpuk Maintenant il savait qu’il avait raison. Il avait tué l’ours blanc. Le garçon était très fâché, si fâché qu’il déchira la peau d’ours blanc en lambeaux.
Il remarqua alors quelques baleines ayant fait surface. Il prit son harpon [ipiraq], attacha la ligne du harpon autour de la taille de sa mère et se prépara à harponner une des baleines. Pendant qu’il chassait, il chanta
Anaanamma nasaujanga
Qaviujivuq qavirviuvuq
Luma, Luma, Luma, Luma, Lu, Lu, Lu.
Pendant que le garçon aveugle chantait, sa mère Lumaaq était toujours attachée à la ligne du harpon. Lorsqu’il tira le harpon sur la baleine, celle-ci entraîna Lumaaq par-dessus les rochers, loin du rivage, dans la mer. Lumaaq fut aussitôt transformée en baleine.
On entendit le chant de Lumaaq alors qu’elle était entraînée sous l’eau
Pikungatuuq pikungatuuq
Pinguattaup qaanganut salumajumut
Aquvillanga Lumaaq
Extrait de l'ouvrage : Unikkaangualaurtaa (Raconte-moi une histoire)